HOMMAGE A MA MERE
LE COUP DE FOUDRE
Jeunes parisiens ayant échappé de peu aux rafles anti-juives, Françoise épouse Maurice le 11 Juillet 1949, ils ont 26 ans. Mariage civil à la mairie du 3°, sans tampon casher du rabbinat Rosinsky. Laïcs oui, Kippa non! Mariage concocté place des Vosges entre ta mère Henriette Bloch née Moskawitz et Suzanne Worms , deux amies d’enfance :« j’ai marié ma fille Denise à Alfred Blum, il a un frère disponible, peut-être "m’aime" qu’ils se plairont ? »
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Tu disais : " A la première rencontre c’est le coup de foudre immédiat. Maurice était associé à son frère. Leur Sté joMal colportait des montres chez les horlogers-bijoutiers.
Leur père Joseph Blum faisait de l’importation de tissus avec la Chine, pour la confection dans le Sentier. Bon photographe, il construisait lui-même ses télescopes. Avant-guerre il avait déjà une voiture qu’il a laissé dans un garage rue des Fontaines du Temple. Au retour il a rechargé la batterie et la voiture a démarré..."
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L’OCCUPATION ALLEMANDE
Après les lois anti-juives de 1940-41, ta famille quitte la rue de Turenne à Paris en Février 1942. Ton père Julien Bloch, est prévenu par le chef du rayon bijouterie de la Samaritaine concernant la mise en place d’une opération policière dite « Vent printanier ». En franchissant la ligne de démarcation, ta famille échappe à la Rafle du Vel’d’Hiv’ du 16 Juillet puis aux camps de transit de Drancy, Beaune la Rolande ou Pithiviers. Destination Pitchipoï…
Tu précises : « L’oncle Léon est parti le premier avec mon père à Montluçon, puis Maman et Monique, puis grand’mère arrive sous la neige au Puy en Velay. Ma sœur Monique y a passé son bac, j’ai travaillé chez un agent d’assurance. Papa a vécu avec des ventes de diamants. »
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Avant de quitter Paris pour la zone Sud, ton père bijoutier à façon, enterre un sac de pierres précieuses dans le jardin de la villa familiale à Champigny. De retour à Paris à la Libération, le domicile est vide, spoliation des voisins. Dans le jardin il retrouve les diamants. Mais, une tante et deux oncles ont disparu, tes cousines ont perdu leurs parents. Le flot de déportation du génocide industriel a bouleversé et traumatisé la mémoire des israélites français et des juifs étrangers réfugiés en France.
76 000 juifs déportés de France vers les chambres à gaz des camps d’extermination. La folie criminelle d’Hitler a été secondée par l'Etat français. Devoir se souvenir de la Shoah, mémoire imprescriptible du barbarisme occidental.
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LE TOURBILLON DE LA VIE
La mémoire à laquelle on laisse toute liberté pour sonder le passé, n'approfondit-elle pas toujours la connaissance de soi ?
Tu n’as partagé que treize années de bonheur avec l’homme de ta vie. Un nid d’amour avec deux fils. Ça commence square de Gascogne à la porte de Montreuil, ça continue Bd Voltaire de 1953 jusqu’à Pâques 2oo6, lorsque la santé affaiblie, tu rejoins mon frère Olivier à Chambéry, trois années avant de mourir.

J’ai noté tes ultimes confidences sur les tourbillons de ta vie et ton enfance sans tendresse, à cause de la mésentente de tes parents . Ta mère était faible.
« Toute mon enfance j’entendais crier à la maison. J’ai été marquée de façon négative. Ma mère était hystérique, son mari un peu violent avec les mots. Ça gueulait tout le temps ! C’est pas une enfance heureuse, ils n'étaient pas fait pour s’entendre, à cette époque là on divorçait pas. Je ne sais pas quels liens les rattachaient. C’était un ménage conventionnel de l’époque. Papa se levait de table en disant « Tu me barbes ». Il y avait une bonne à tout faire. Henriette ne savait pas vivre sans sa mère, dans la semaine on l’a voyait. Mon père était loin d’avoir fait fortune, Mamée nous aidait. Dans ma vie d’adulte ma tante Léa et ma grand-mère m’ont servi de modèles positifs, des femmes fortes.
Avant-guerre, ma grand-mère Valentine Moskawitz (née Alexandre) était Persona gratta à la mairie du 3°. Ventes de charité à l’hôtel Continental des Tuileries, puis distribution dans les escaliers infâmes du Marais des français pauvres. On allait chez Ruc le Dimanche, le jeudi chocolat chez Prévost, rue de la chaussée d’Antin, face au cinéma Rex. Mes premiers films: des Laurel & Hardy au début du parlant dans les années 35.
Chez ma grand-mère à table il y avait du pain et des matzos Rosinsky. Elle allumait une lampe avec des bougies à l’anniversaire des morts. On allait jamais dans une synagogue. La religion juive dans la famille avant-guerre c’était dépassé. Grand-mère jeûnait au Yom Kippour, son père Léon Alexandre, avait tiré le chassepot en 1830 à Clermont-Ferrand. Son fils Léon s’est marié avec une catholique."
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Jeune veuve à 39 ans, ce fut le drame et la grande douleur de la femme de l’horloger. « Une vie sans mari, c’est pas drôle. Mon grand regret, n’avoir eu personne avec moi pour me soutenir, ne pas avoir trouvé quelqu’un d’autre. J’étais timorée, mes cousines ne m’ont jamais présenté quelqu’un. Je n’ai pas été aidée.
Pas facile quand on a deux enfants. Vous étiez des garçons qui en faisaient un peu à votre tête. Vous voliez de vos propres ailes, mais vous ne faisiez pas de conneries. En semaine je ne pouvais pas m’occuper de vous, un Dimanche sur deux vous alliez aux éclaireurs. |
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MAMIE FRAMBOISE
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Après la mort de votre père, du jour au lendemain il a fallu que je travaille pour vous élever. J’ai sacrifié ma vie pour vous. J’ai rien au bout du compte. Aux Antilles, je supportais mal le climat. C’est malheureux de se retrouver seule. C’est pas drôle une famille dispersée, ça me manque. Séparée de ton père à tout jamais, ça coupe et ça me coute très cher en affection. Arrivée à mon âge, c’est dur de ne plus avoir de compensation » concluait lucidement et tristement Mamy Framboise.
Amie du Louvre des arts de la culture, tu lisais Agatha Christie en anglais, l'orthographe sans défaut tu excellais au scrabble en duplicate. Heureuse grand-mère attentive et aimante, à partir de 1975 tu vas de nouveau connaitre une période de bonheur et de meilleur équilibre. Elle s’appelait Françoise, tes petits-fils disaient Mamie Framboise... A l’âge de la retraite, tu t’engages activement au Secours Populaire Français.
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Tes amis du Secours Populaire ont gardé le souvenir d’une femme généreuse, dévouée à la cause de la solidarité et de l’amitié entre les peuples. Ils ont apprécié ton engagement bénévole et témoignent de ta gentillesse, ta discrétion et de ton efficacité. C’est pour Madagascar avec la commission internationale du Secours Populaire français que Françoise Blum a préservé et retrouvé la chaleur scintillante de la flamme de l’altruisme des actions humanitaires de sa grand-mère. Françoise a contribué avec grande énergie à l’installation en 1993 du centre de soins et de santé d’Avaradoha.
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Les droits de l'Enfant grandissent les Hommes
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Au cimetière de Pantin, tu reposes à proximité de ta sœur Monique Bloch, professeur de sciences médico-sociales, militante du parti communiste, du SNES et du MRAP, morte deux ans avant toi. Une génération s’est éteinte.
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Retour à l’horloger, l’homme de ta vie avec lequel tu as vécu la parfaite entente. Vous voilà maintenant ensemble réunis dans la même sépulture. Tu disais de lui : « Ton père n’était pas là en semaine, il a été obligé de changer de métier, son dos ne supportait plus de rouler en voiture. Ton père était comme toi, il voyait grand et large, c’était un précurseur. En inventant le synchro-comparateur c’était sa vie. C’était pas un homme fier, il était très doux et gentil, il était bon, il ne se fâchait pas. Il était comme son père, un homme doux également.
Mon grand-père Joseph répétait souvent :« Jeu de main, jeu de vilain », c’est le commandement de Moïse, le Tu ne tueras point . Il appelait son fils "Moïshele". Ces deux hommes m’ont transmis le principe de non violence et une éthique du respect, de la tolérance et de la fraternité.
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Pour terminer, Papa je voulais te dire que je suis passé une fois sur ta tombe, lorsqu’on a mis ton père en terre dans une proche travée du carré juif du cimetière en Décembre 1976. Ça fait un manque quand les enfants meurent avant leurs parents et un jeune père avant ses fils orphelins. Grand père Joseph ma beaucoup aidé après ta mort. Une belle résilience.
Papa, merci beaucoup pour tes al-blum de photos. Je conserve précieusement ces bijoux de famille.
Merci aussi pour cette montre joMal à gousset (ancre 15 rubis) que je viens de réceptionner le 20 avril à Saint Martin,deux jours avant la mort de maman. Son Tic-tac est parfait.« Pas le genre de toquante qui se déglingue » disait grand-père Joseph. Cinquante après sa mise sur le marché, la coïncidence est fortuite, clin d’œil du destin en synchronicité avec le retour à son côté de la femme d'un l’horloger.
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Ma mère disait « Y’a rien du tout après la mort !»
Après la mort, on reste vivant " temps" que les autres "pansent" à nous...
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