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| Profitons-en ! |
15/03/2009 |
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| Sé Kannaval |
Par Florence ESSE
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Dans cette île de la Caraïbe, tout le monde attend avec impatience les festivités de Carnaval. Depuis l’Epiphanie l'effervescence est dans l'air, on chuchote avec ses voisins, on se donne des rendez-vous discrets, les cours d’école murmurent les secrets des costumes ou des chorégraphies. La même fébrilité agite les ateliers où s'entassent des rouleaux de tissus chatoyants, des amoncellements de plumes multicolores, des myriades de perles, et où crépitent d’antiques machines à coudre Singer. Dans toute l’île, les arrière-salles des petits lolos résonnent de mélodies sans cesse répétées, de roulements de tambours insistants et de rires joyeux ; chacun s’efforce de suivre la partition, le cahier des charges de chaque responsable de quartier : répéter, répéter encore pour être prêt
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Personne ne manquera à l'appel : cette tradition se reproduit immuablement chaque année et rassemble depuis toujours, toute la population. On y côtoie ses voisins, mais aussi ses vieux ennemis, ses créanciers et on leur sourirait presque. Il faut dire que pour les plus démunis, la joie et la musique vont illuminer le quotidien comme une brève, trop brève éclaircie. Le temps d’être heureux. Une fois dans l’année. Sé Kanaval !
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Les métros aussi seront là, ceux dont les enfants sont nés ici et font l’apprentissage de leur créolité. Participer à cet évènement majeur de la culture antillaise est comme un trait d’union, un serment d’appartenance chaque année renouvelé. Les touristes ne sont pas en reste ; la plupart sont happés par la frénésie communicative où tout ou presque est permis pendant quelques jours. Dans le respect d’autrui et des lois, cela va sans dire !
Le jour venu, la parade commence par le défilé des enfants, enrubannés de papier crépon aux couleurs bigarrées qui les transforment en sirènes, en coquillages, ou en malicieux pirates, au gré des alizés. Puis arrivent les chars du Dimanche Gras sur lesquels dansent des diablesses dont les hanches girondes ondulent aux rythmes des "chachas",ce qui n'empêche pas quelques paroles irrévérencieuses de poindre au détour d'une chanson.
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Le soleil tropical fait étinceler leur peau bistre, leurs visages rayonnent sous leurs coiffes extravagantes : elles sont belles et heureuses d’exposer leur beauté comme une offrande. Sé Kanaval !
La modernité a fait irruption dans la fête : de tonitruantes sonos juchées sur d’énormes remorques crachent leurs décibels devant chaque groupe. Les chars passent l’un après l’autre dans cette cacophonie qui contribue à la liesse euphorique de la cité ultramarine.
Enfin arrive le rituel défilé de Mardi-Gras avec ses diablotins cornus vêtus de noir ou de rouge. Puis Miss Hibiscus, reine de la cérémonie qui ploie sous sa couronne de fleurs chamarrées, distribue des sourires et quelques clins d'œil inavouables … A minuit, elle rejoindra son doudou, ou bien elle en aura peut-être élu un nouveau ? Sé Kanaval ! Et puis il y a les "mariages burlesques" où les rôles sont inversés par le travestissement, les "vidés en pyjamas", les défilés de cuisinières, les concours et les élections de reines ; tout est prétexte à s’amuser, chaque île ayant ses propres inventions. Enfin La ferveur populaire atteint son sommet lors des obsèques parodiques du roi Vaval " vaval, vaval ka kité nou, malgré la vi la rèd, vaval ka kité nou" : le Carnaval prend fin. Alors les participants revêtent la panoplie traditionnelle à damier noir et blanc, agrémentée de feuilles de corossol. Accompagnés par les grimaces des "Neg gwo siwo" aux corps fardés de suif et de sirop de canne à sucre, on brandit les Bwabwa, ces effigies qui représentent des personnalités locales ou des célébrités. Et de tout cela on rit aux larmes ou on pleure de dévotion…. C’est Carnaval ! Profitons-en !
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