Les situations
déshumanisantes ont ceci de précieux qu’elles
préservent,
au cœur des dominés, la palpitation d’où
monte toujours une exigence de dignité.
Notre terre en est des plus avides. Patrick
Chamoiseau
French Quarter- Mardi 20 Mai
Après avoir accompagné ses enfants à
l’école, Eugène Brouta 37 ans,qui habite
à 100 mètres de la gendarmerie, a subit sur
« le block » (nom de la place du village)
un simple contrôle d’identité avec menottes
et coups de genou dans le ventre ; ce qui a immédiatement
déclenché la colère des habitants du
village de Quartier d'Orléans.
Il débutait sa
journée de travail, avec son camion et quatre
fellows pour partir délimiter un terrain avec
le géomètre. Choqué , il est conduit
en ambulance à l’hôpital de Marigot.
Physiquement rien de grave : 7 jours d’arrêt.
Une semaine encore après ce choc, il "pisse
du sang" et utilise une minerve pour la nuque.
Tu touches à Eugène, qui le dit aux Rohan,
qui préviennent les Brooks et les Gumbs puis
les Chittick. Tous cousins ! Lorsque l'un d'eux est
touché, c'est tout le village qui se lève.
Les frustrations sont fortes, car malgré l'emploi
d'une main d'oeuvre aux noirs et en dollars, il n'y
a pas assez de travail pour tous. La compréhension
mutuelle avec les gendarmes est brimbalante.
Face à cet "
individu suspect" trois jeunes psigues-gaulois ont cru pouvoir contrôler la situation, en appliquant
leur didactique gendarmique. Maladresse dans l'utilisation
de leur autorité, les gendarmes ont déclenché
une colère populaire.
Pas d’abus ? Exemplarité ? Manque de sang-froid
et erreur de discernement de la part de ses trois jeunes
militaires de passage sur notre confetti insulaire ?
Si l'un d'entre eux est contrôlé brutalement,
les Saint Martinois s'offusquent, car "ils en ont
marre des comportements de certains gendarmes."
Psig ou Paf, les antillais
ne font pas la différence, la chasse des sans papiers
doit satisfaire aux objectifs de la politique du chiffre fixés
par Hortefeux de Pellepoix.
Patrick
Chamoiseaux"DE LOIN"
...
Ces mesures laissent d’ailleurs fleurir autour
d’elles les charters quotidiens, les centres de
rétention, les primes aux raideurs policières,
les scores triomphants des expulsions annuelles: autant
de réponses théâtrales à
des menaces que l’on s’invente ou que l’on
agite comme des épouvantails, autant d’échecs
d’une démarche restée insensible
au réel.
PETITION EN SOUTIEN
DE M. EUGENE BROUTA
Le 20 mai 2oo8 vers 8h30
du matin, M. Eugène Brouta attendait son patron
pour aller au travail.
Trois gendarmes se sont approchés de lui. Les
gendarmes lui ont demandé pour ses papiers,
et voulaient le conduire à la gendarmerie sans
raisons valables.
M. Brouta, s'est levé pour aller chercher sa
pièce d'identité dans son camion
quand soudainement les gendarmes l'ont battu et lui
ont donné des coups de pieds au ventre. Nous dénonçons l'injustice et
le non respect de la dignité humaine.
M.Brouta, marié et père de 4 enfants n'a
jamais eu de démêlé avec la loi.
C'est un homme respectueux qui est connu dans la communauté
pour sa gentillesse.
C'est pour cela que nous lui apportons notre soutien.
Sur la route de Louviers,
il y'avait un tas d'cailloux ...
le procureur
constate sur place les doléances des citoyens du village
Les liens qui tissent
la cohésion sociale, sont géographiquement
et historiquement emprunts à St Martin, d’une
spécifité, celle de la rencontre du
Blanc-France (de type caucasien) avec ses concitoyens Noirs-Caribéens anglophones
et protestants (de type antillais).
Pour faire court, ceux-ci: Toussaint Louverture le
jacobin noir, Aimé Cesaire et l'identité
du nègre, the civils rights chez l'Uncle Sam,
Martin Luther King assassiné en 1968, Bob Marley
et Mandela.
Un "black-ground"
que la procédure gendarmique musclée
d'un contrôle de papier, heurte de « plein fouet ». Ce n’est pas la carte d’identité
qui fonde le droit d’un individu, mais le respect
de la dignité et de l'intégrité
de sa personne.
C’est un conflit
entre deux logiques qui est à la racine de
la réaction outragée des villageois,
amis d’Eugène. D’un côté
la force de l’ordre est légitime dans
le contrôle du papier conforme, sur un territoire
qui lui est toutefois étranger au sens géographique,
linguistique et culturel.
En face, il y a l’aspiration de l’autochtone
au respect d'une zone sensible de son âme,traumatisée
par l’idée d'un coup de pied d'un représentant
de l'ordre public ( ou la morsure d’un chien
policier).
Quand cela survient, la rumeur ( plus ou moins déformée)
circule de familles en village.
Chacun sait que dans l'exercice de leurs missions,contrairement
au Dutch Side, nos gendarmes sont corrects et civilisés.
Au Sud de l'île la police est peu fiable. Un
ancien flic est proxénète,
Loor chef de l’immigration et le Procureur Mercx
ont été mis en prison. Last but not
least, Holliday le commissaire de police en chef est
accusé de faux documents !
Pour un gendarme de
passage à St Martin, vivant en caserne, c'est
un handicap de ne pas connaître l'anglais,
mais le bilinguisme n'est pas éxigé
pour les professeurs de l'éducation nationale.
Le traitement des touristes volés va être
amélioré par la présence d'un
représentant bi-lingue de l'office du Tourisme.
La réputation de la Friendly Island est menaçée,
car les témoignages passent par sur Oueb.
Sous l'angle d'une police de proximité,pour
les contrôles d'identité, la présence
d'un policier de la Collectivité serait utile
pour discerner rapidement "qui est
qui ?" .
Que faire, si nous
n'avions pas de gendarmes, receptacles de tous les heurts
sociaux ? Alors que nou-même, manquons d'un réseau
d'éducateurs de rue, de moniteurs sportifs et
artistiques, de budgets pour les activités péri-scolaires
des enfants du village Le club de prévention
a déposé le bilan depuis quatre ans. La
MJC n'est pas à la hauteur pour satisfaire aux
besoins de nos enfants et des ordinateurs ont été
volés au collège. La réhabilitation
de l'habitat insalubre (opération RHI) est en
progression, il reste maintenant à développer
les besoins de la prévention, pour mettre d'avantage
de lien social dans le village. Sa réputation
d'isolement et l'image négative doivent être
modifiées.
Dysfonctionnement citoyen
Très active,
Georgina Rohan la mère d'Eugène, dirige
la troupe des scouts du village.
Par manque de respect et de discipline, des gendarmes
sans cible particulière, ont soufflé
sur des braises au contact d'un "individu
suspect". Son fils
est comme elle: dévoué à l'entraide
et à la "Jollyfication".
Le scoutisme est une tradition St Martinoise, fort
utile à la canalisation des adolescents.
Dans un contexte de village limitrophe à la
Réserve Naturelle Maritime et Nationale, des
projets en éco-tourisme sur l'Etang aux Poissons
et la plage du Gallion, doivent être budgétisés,
dans le cadre du Contrat Urbain de Cohésion
Sociale.
Georges
Gumbs,préside le Conseil Economique, social et
culturel, il se souvient d’un soulèvement
de Mai 1967 en Guadeloupe lorsqu’un chien de commerçant
avait mordu le cordonnier travaillant sur le trottoir.
J'ai constaté qu'ici, la réputation du
Dog-Man (gendarme cynophile) est effrayante dans la
conscience collective.
Les gendarmes passent 3 mois ou 3 ans mais les morsures
restent gravées dans la mémoire collective. " On n'est pas des animaux".
G.G. insiste sur le fait qu’il
ne pourrait pas supporter le geste inacceptable d'un
coup de pied de gendarme.
Albert Wellington citoyen leader, membre du nouveau
Conseil du Quartier, pratique les Arts Martiaux. Il
respecte le commandement que sa Grand-mère, née
en 1819 , lui a transmis: "Ne jamais taper
un homme par terre" c'est de la lâcheté.
Au nom des habitants du French Quarter, il dit au Procureur "C'est un geste inacceptable de la
part des trois gendarmes. Il faut qu'ils s'excusent
auprès d'Eugène."
La violence esclavagiste reste
enchaînée à la mémoire des ancêtres,
victimes de la Traite négrière, comme de la
Shoa pour les juifs .
Un crime contre l’humanité laisse une longue
trace qui se transmet dans les manuels scolaires.
Alimenter
la Cohésion sociale par la médiation culturelle,
est une perspective utile
pour le premier magistrat du Parquet que notre île confetti
croise sur sa route.
Jacques Louvier, s’est engagé à faire
justice rapidement.
Dans l'affaire Clin, le tribunal ne s'est toujours pas prononcé.
Outre
l’installation récente de ce vice-procureur, la synchronicité citoyenne est
remarquable en ce mois de Mai, propice aux mangues de
saison et aux principes Républicains dans la
Patrie des Droits de l'Homme.
Primo -une «
Colère populaire » dans un village classé
« zone urbaine sensible ». Révolte
significative d’un malaise durable et profond
et l'absence de projets ciblés pour la gestion
du lien social.
Deuxio - un Cdt de gendarmerie exemplaire.
Utilisant la tactique du charisme placide, pour calmer
la foule en colère. Polo bleu, lunettes de soleil
polarysées, mèche au front, pistolet dans
l’étui, attendant stoïquement face
aux insultes, que le rejoignent sur place LCF, Super
Lacroix et le procureur Jacques Louviers. Loïc
Baras a maîtrisé la pression, sans choisir
l’escalade. Il ne lâche pas les lacrymos
comme le fit le Cdt Meuriot. Au débit un véhicule
banalisé partiellement brûlé qui
s’ajoute au tir récent d'une balle de 9mm
sur une autre voiture de Police, qui heureusement n'a
pas touché ses occupants.
Troisième concomitance : la mise en place officielle du Conseil
citoyen du Quartier. Pour tester la Démocratie
Participative naissante et permettre au magistrat d’avoir
du répondant citoyen sur le terrain.
Le taux d’élucidation
des crimes n'est pas mentionné dans la communication
des statistiques annuelles des actes délictueux; ce
qui peut influencer le sentiment d'insécurité
des citoyens.
Tel est le cas du meurtre d’Angélique Chauviré
, entouré d’une série de cinq autres crimes
autour du village au premier semestre 2oo7.
Idem pour la lapidation d'un skipper au Belvédère
de la route de Coralita, pour un scooter ! Le mineur de 17ans
en a pris pour 15 ans. Ce crime est passé inaperçu
en 2oo3 avec censure du St Martin Week’s.
Une femme de métropole renverse et tue un vieil homme,
la nuit sur la route de Grand Case en 2oo4. Nul de ne sait
si elle a été jugée, mais nombreux se
souviennent qu'elle croyait avoir heurté un chien et
qu'elle ne s'est pas arrêtée.
La conscience collective cumule la mémoire d'affaires
criminelles restées sans suite connue. Un besoin d'information
sur les suites judiciaires n'est pas satisfait. Faute de transparence,
le corps social est-il dépossédé du sentiment
de bonne justice ?
Le citoyen Peyrefiche, propriétaire
du St Martin Week’s réagit à la
colère spontanée de la population par
un delirium très mince:
Quelles que soient les motivations des émeutiers,
on peut s’interroger sur l’incapacité des services de l’Etat à gérer
ce type d’insurrection à
l’encontre des représentants des forces
de l’ordre. En effet, on peut dire que pendant plus de cinq heures, les gendarmes
étaient totalement à la merci d’une population en situation de révolte.
Même si l’on doit saluer la sortie heureuse
de ce conflit, il n’en reste pas moins, qu’encore
une fois, les représentants de l’Etat
demeurent bafoués dans cette
affaire qui finira très certainement aux oubliettes
de la conscience collective.
Certes la stratégie militaire dans ce type
de conflit privilégie dans un premier temps
la tempérance, avant que déployer la
force.
Mais qu’en est-il véritablement du respect de l’ordre public lorsque de tels évènements
se produisent dans l’impunité.
"Possède la vertu
de tempérance celui qui sait se maîtriser, celui
qui ne permet pas à ses passions de l’emporter
sur la raison, sur la volonté et aussi sur le cœur."
Ces quelques lignes d’humeur anonymes, introduites par
le directeur du St Martin Week’s (en conclusion
de l’article factuel signé par son rédacteur
en Chef) l’éloigne de cette sage vertu.
Un organe de presse se doit de répondre aux interrogations
de ses lecteurs.
L'angle journalistique des délits médiatisés,
déformés, exploités sans le moindre
recul, attise l’angoisse ordinaire et le chaland,
vers une demande de répression toujours plus
forte, plus dure, plus implacable, plus bornée.
Le Pélican a
une couverture des faits et l'analyse d'interprétation
conforment à la fonction
journalistique. Une presse fiable, est une bonne
garantie pour l’information et l'éducation
des citoyens, jeunes et moins jeunes.