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    Les Robineux -------------------------- 1 avril, 2008

    Série de clichés parisiens (années 90)

     

    Clochards dans la cité , désespoir, solitude, ivrogne, sacs en plastique, chien-compagnon, être humain , souffrance, faim, misère, bouteille, sans abri, déchets-sociaux, fouille des poubelles, maladies et parasites, vie foutue, alcool, pestiféré, pieds gonflés, mendiant, tête d’abruti, escale à l’hôpital, ivresse, mains calleuses, maison de Nanterre, vomissures, abandon…


    En québécois, le mot “robineux” est synonyme de clochard. La robine est le fond du dépôt restant dans une bouteille de vin, en français de France c’est ” la lie”. Au sens figuré, selon le Littré : la lie du peuple, c’est la plus basse populace
    .

     

     

     

    « … Il ne riait pas, le misérable ! Il ne pleurait pas, il ne dansait pas, il ne gesticulait pas, il ne criait pas; il ne chantait aucune chanson, ni gaie ni lamentable, il n’implorait pas. Il était muet et immobile. Il avait renoncé, il avait abdiqué. Sa destinée était faite.
    Mais quel regard profond, inoubliable, il promenait sur la foule et les lumières, dont le flot mouvant s’arrêtait à quelques pas de sa répulsive misère ! Que faire ? … »

    Ces gueux qui ressemblent tant à ce vieux saltimbanque dépeint par Baudelaire, qui furent-ils donc, autrefois ?

    Sur le Pont des Arts

     




    Le canal St Martin

     

    EST-CE QUE J'AI UNE GUEULE D'ATMOSPHÈRE ?

    par Florence Esse

    Hôtel du Nord - Film de Marcell Carné, décors Alexandre Trauner  (1938)

     

    L'hôtel du Nord, Arletty fleur du macadam, nostalgie des clichés de Doisneau qui aimait y flâner avec son ami Prévert ...

    Mon canal St Martin !

     

    Je me souviens d'un canal gelé, lors d'un hiver particulièrement froid, où les mouettes s'essayaient au surf sur des congères, je me souviens d'un canal populaire avec ses cafés de mariniers et ses échoppes d'artisans parfois étonnantes, comme ce fabricant d'éponges entièrement naturelles " maison familiale ", j'aime mon canal sombre et mystérieux comme un roman de Léo Malet, la brume du soir esquissée dans les bandes dessinées de Tardi, j'aime regarder ces péniches qui autrefois apportaient du sable aux usines jouxtant les rives, aux noms évocateurs pour les gratteurs de papier : Clairefontaine, Exacompta.

    atmosphère hivernale
    Atmosphère automnale

    Comment ne pas penser à Georges Simenon qui y situa une intrigue évidemment résolue par Maigret, ou encore Léon-Paul Fargues, qui vécut sur le quai de Jemmapes et y écrivit un roman quasi-autobiographique ( ses parents tenaient le célèbre hôtel du Nord), adapté ensuite au cinéma par Marcel Carné et si merveilleusement dialogué par Henri Jeanson.J'aime mon canal au printemps où les colverts de retour, guident fièrement leur première nichée, les premiers bourgeons à l'odeur ambrée sur les arbres près de l'écluse des Récollets, j'aime flâner le long de ses berges, enjamber ses ponts métalliques aux arabesques Art-déco, imaginer les guinguettes d'antan, dont quelques anciens du quartier se souviennent encore. Ou bien encore cette patinoire, au début du siècle, qui faisait la joie des titis.

    Quand je m'y suis installée dans les années 90, j'aimais tous les dimanches matin, faire une balade matinale, jetant un oeil sur les pêcheurs de carpes ou de tanches, qui disposaient avec méticulosité tout leur attirail, repérer les murs de brique rouge de l'Hôpital Saint-Louis et ses tourelles d'ardoise, qui sous le règne d'Henri IV accueillaient "les femmes de mauvaise vie".

    Contempler le passage des saisons par la couleur des feuillages, laisser son regard se perdre dans les courbes et les méandres de l'eau ....

    Courbe

    atmosphère estivale

    Au fil des années, j'ai vu l'endroit se transformer, se moderniser, tout en conservant son cachet de lieu verdoyant, au coeur de la capitale : les vieux bistrots ont des couleurs plus vives, quelques enseignes "hype" ont fait leur apparitions, les quais sont devenus piétonniers le dimanche, et l'on peut y écouter à nouveau le chant des oiseaux.

    Lors des plus belles et longues soirées d'été, les berges se remplissent de rires, de joyeuses libations et ripailles, de musiques. Des jeunes couples viennent y célébrer leurs amours, sous le regard éternellement bienveillant de la Grisette du Faubourg-du-Temple. Frédéric Lemaître qui lui fait face, seul dans son square avec pour seule compagnie, quelques pigeons sur ses épaules, semble toujours rêver à sa Garance.

    Napoléon 1er eut l'idée de creuser ce canal, afin de pourvoir alimenter en eau, les fontaines parisiennes, mais l'ouvrage ne fut inauguré que sous le règne de Napoléon III. Hortense et Eugène de Beauharnais, enfants de la créole martiniquaise Joséphine, donnèrent leur nom à chacun des quais, tandis que la dénomination Jemmapes et Valmy ne vint que bien plus tard.

    Comment ne pas penser au tristement renommé gibet de Montfaucon, à hauteur de la rue Grange-aux-belles, qui inspira la célèbre Ballade des pendus à François Villon ; et cette colonie de castors qui s'installa dans les souterrains du boulevard Richard-Lenoir, durant la seconde guerre mondiale, et qui permit de survivre à quelques parisiens qui connaissaient ce secret.

    Ou encore ce pirate anglais du 19e siècle qui disparut mystérieusement dans les eaux du canal, et dont on ne retrouva jamais le corps. Est-ce parce que la légende raconte qu'il portait sur lui un inestimable trésor ?

     

    St Martin sunset

    Vers la Vilette

    Il est bien loin le boulevard du crime et ses enfants du Paradis, mais ce quartier a su conserver son indéfinissable charme


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